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Interdire les pailles en plastiques, une bonne solution ?

Nous sommes en 3 000 ans avant notre ère, et c’est une journée d’une chaleur insupportable à Sumer, une civilisation qui a prospéré dans ce qui est maintenant connu comme le sud de l’Irak.

Sous un soleil radieux, deux Sumériens étanchent leur soif avec une bonne bière de blé, mais ils font face à un problème.

Leur processus de fermentation laisse souvent flotter sur le dessus de leur boisson des sous-produits solides indésirables qu’il est difficile d’éviter.

Heureusement, ils ont trouvé une solution ingénieuse : la paille !

Fabriqués à partir d’os, de métal ou même de matériaux organiques comme le roseau, les Sumériens utilisaient la paille pour protéger leurs sirops des insectes et de toute sorte de sédiments qui auraient pu s’infiltrer dans leurs boissons.

Des milliers d’années plus tard et les pailles reste un accessoire utilisé dans le monde entier à la différence près que ces pailles sont maintenant en plastique.

Un fait dont beaucoup d’écologistes s’indignent, à tel point que des interdictions de paille florissent un peu partout, comme à Vancouver, à Seattle et maintenant chez nous en Europe.

Malgré l’adoption récente de ces interdictions, je suis curieux de savoir si elles sont efficaces.

Aujourd’hui, je veux savoir si l’interdiction de la paille est efficace, mais plus important encore, quelles sont les conséquences de l’interdiction de la paille de plastique ?

Interdire les pailles en plastique, est-ce une bonne solution ?

Un chiffre, du moins pour moi, situe l’interdiction de la paille dans un contexte plus large : 0.025 %.

Selon Phys.org, les pailles en plastique ne représenteraient que 0.025% de la masse totale des déchets dans l’océan.

Selon le rapport annuel de nettoyage de l’Ocean Conservancy, 643 542 pailles, soit environ 0,26 tonne métrique, ont été retirées de l’océan en 2018.

Les scientifiques Denise Hardesty et Chris Wilcox estiment qu’il pourrait y avoir jusqu’à 8,3 milliards de pailles de plastique sur les côtes du monde.

Mais si l’on considère qu’une paille pèse 0,4 gramme, 8 milliards de pailles équivalent à environ 3 320 tonnes métriques de plastique.

Bien qu’il s’agisse d’un grand nombre, il est remarquablement faible comparés aux 8 millions de tonnes métriques de morceaux de plastique qui pénètrent dans l’océan chaque année.

Les pailles ne sont donc qu’une petite partie d’un problème de déchets océaniques beaucoup plus vaste.

C’est la face immergée de l’iceberg.

En fait, si l’on examine la composition des déchets dans la Grande zone de déchets du Pacifique, les filets et les engins de pêche représentent 46% de la masse.

Ainsi, les pailles de plastique ne sont pas une grande partie de la montagne de déchets qui s’empilent, mais elles en font tout de même partie.

Et l’une des raisons pour lesquelles les gens veulent tant les interdire, c’est en partie parce qu’elles semblent être une solution à portée de main.

Plus de paille, plus de problème ?

La plupart d’entre nous pouvons largement nous en passer au quotidien, si tant est que l’on ne soit pas patron de bar.

Mais ce lien apparemment linéaire entre l’interdiction des pailles de plastique à usage unique et la réduction de l’impact sur l’environnement est un peu plus nuancé lorsqu’on y regarde de plus près.

En fait, les appels à l’interdiction de la paille ont fait l’objet de colère de la part des personnes handicapées, à juste titre.

Quand les personnes valides se lèvent, s’habillent, vont au travail et filent à la cantine, elles ont généralement l’énergie nécessaire pour manger. Pour les personnes invalides, c’est un peu moins vrai car chaque geste du quotidien aussi anodin soit t-il pour nous est un combat ! Mettre des chaussettes en soi est une épreuve. Si bien que lorsque les personnes invalides arrivent à table, elles n’ont plus la même énergie disponible. La paille leur permet d’économiser de l’énergie une fois à table afin de mener d’autres combat du quotidien plus tard.

Ne pas avoir accès à une paille souple et flexible est donc problématique pour les personnes handicapées.

Dans l’urgence de répondre aux préoccupations environnementales de première ligne, les personnes valides ont en quelque sorte rendu la vie des personnes handicapées plus difficile en éliminant un produit de commodité.

Quid des alternatives ?

pailles écologiques
À ce stade, vous vous dites sûrement : “Hé oh du bateau, il existe des solutions de rechange à la paille paille en plastique !!

Et vous avez bien raison, il existe actuellement des pailles de papier, de métal et de bambou que les restaurants ont commencé à utiliser.

Mais malheureusement, elles ne sont pas aussi faciles à utiliser, durables et flexibles que les pailles de plastique.

La souplesse est l’une des principales raisons pour lesquelles les pailles en plastique sont si utiles, parce qu’il est beaucoup plus facile d’obtenir le bon angle pour boire en toute sécurité, surtout lorsque vous ne pouvez pas tenir une tasse ou même si une autre personne la tient pour vous.

Les pailles de métal et de bambou sont souvent trop dures ou trop larges, ce qui peut s’avérer problématique pour les personnes ayant des difficultés à mordre.

Les solutions de rechange peuvent également être trop coûteuses, représenter un risque d’étouffement, causer une réaction allergique ou ne pas être en mesure de résister à des températures élevées.

Mais croire que les personnes handicapées sont en désaccord avec le mouvement environnemental pour autant serait une erreur.

La réglementation devrait juste penser à eux.

La plupart des interdictions de paille en plastique n’interdit pas d’acheter des pailles, l’accent est plutôt mis sur le fait de ne pas les utiliser en restaurants/bars. Mais généralement les personnes handicapées sont préparées et viennent avec leur matériel de nécessité.

En conclusion

Si le nettoyage des déchets océaniques est bel et bien notre objectif, alors la gestion des filets de pêche et des déchets, qui représentent le pourcentage le plus élevé des déchets pourrait être une bien meilleure utilisation de notre temps.

Le fait est que les pailles ne sont qu’une infime partie du problème du plastique et que d’autres aspects de la gestion des déchets auraient un effet plus important sur notre réduction globale de l’utilisation du plastique.

Est-ce pour autant qu’il ne faut pas le faire ?

Ce n’est pas ce que je dis, mais les interdictions de paille montrent que l’action environnementale ne peut se faire unilatéralement et sans solutions de rechange viables pour ceux qui en ont besoin.

Je pense qu’au lieu d’interdire purement et simplement l’utilisation de ces produits, il faudrait modifier la politique commerciale, en particulier au niveau de la restauration. Les restaurants devraient toujours être en mesure de fournir des pailles à ceux qui en ont besoin ou qui le désirent, mais les boissons devraient automatiquement s’en passer. La majorité des gens ne remarqueront pas la différence, et l’utilisation diminuera considérablement, tandis que la liberté de choix est entièrement maintenue (on pourrait les demander en cas d’extrême nécessité).

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